
Le cuirassé Courbet et le 1er bataillon des Fusiliers Marins

Pierre Le Goffic
Fils d’agriculteur, Pierre Le Goffic est né le 2 janvier 1912 à Perros-Guirec (22). Engagé dans la Marine, il est formé à l'école des Fusiliers marins de Lorient.
Lorsque les Allemands arrivent à Lorient en juin 1940, Pierre Le Goffic sert comme second maître instructeur à l'école des Fusiliers marins. Seul gradé resté à l’école, il embarque sur un canot avec ses élèves, tout en emportant la fourragère de la Légion d’Honneur du drapeau de l’école remise après les batailles de Dixmude et d’Yser lors de la Première Guerre Mondiale. Ayant rejoint l’Angleterre, il rallie la France libre et demande à servir dans les Fusillers Marins de la France Libre. L'unité n'existe pas mais sa demande est entendue par le lieutenant de vaisseau Détroyat et par l'enseigne de vaisseau de 1ère classe Amyot d'Inville.
Immédiatement, les trois hommes se rendent chez l'amiral Muselier, nouvellement nommé commandant des Forces navales françaises libres, et lui propose la création d'un bataillon de fusiliers marins. L'idée est retenue et, quelques jours plus tard, le 1er Bataillon de fusiliers marins (1er BFM) est mis sur pied sur décision de l'amiral Muselier.
Promu premier maître fusilier, il combat de nouveau à El Alamein en Egypte en octobre 1942 puis en mai 1943, lors de la fin de la campagne de Tunisie à l'issue de laquelle le 1er BFM devient le 1er Régiment de fusiliers marins (1er RFM). Le maître-principal fusilier Le Goffic est promu officier des équipages de 2e classe à l'issue de la campagne d'Italie.
Il débarque en Provence le 16 août 1944 pour prendre part aux combats de la libération de Toulon. Le 22 août 1944, lors d'une attaque près du château Saint-Michel sur la route de Hyères, il descend de son char pour repérer les nids de mitrailleuses allemands. Remonté sur son char pour diriger le feu il est tué d'une balle en plein cœur. Il est inhumé dans sa ville natale de Perros-Guirec.

Léon Gautier entouré des élèves de l'école des Fusillers Marins de Lorient
Léon Gautier
Il dit : « Dès septembre 1939, je choisis de m’engager dans la Marine, car c’est la seule armée où l’on peut s’engager à 17 ans ! Je suis appelé en février 1940 à embarquer sur le cuirassé Le Courbet, à Brest comme apprenti canonnier. Puis direction Cherbourg où nous assurons la défense antiaérienne avec des canons de 75 mm, mais compte tenu de l’arrivée des Allemands, le cap est mis sur Portsmouth. » « Le 13 juillet 1940, avec deux amis, nous quittons le camp de ralliement de Douvres pour rejoindre, à Londres, les Forces françaises libres, créées par Charles de Gaulle et le 2e bataillon des fusiliers marins. J’embarque ensuite comme canonnier sur le Gallois, un navire de commerce. Nous participons à des missions dans l’Atlantique. Je me casse le poignet. Remis, on m’affecte sur le Surcouf, un sous-marin effectuant des missions en Afrique et au Liban. » « En janvier 1941 que je rejoins le bataillon de fusiliers marins commandos, direction l’Afrique noire. En décembre 1941, direction la Libye et le Liban. Puis départ en Grande-Bretagne via Cape Town en décembre 1942. En mars 1943, je deviens fusilier marin commando jusqu’à la démobilisation » en août 1945. Il est l’un des deux derniers membres du commando Kieffer ayant débarqué le 6 juin 1944 encore en vie.
Il a été promu Grand Officier de la Légion d'Honneur le 1er janvier 2021

Le Courbet
Mis en service en 1913, Le Courbet est immédiatement utilisé lors de la première Guerre Mondiale, participant notamment à la destruction du croiseur austro-hongrois Zenta en mer Méditerranée en août 1914. Il prend par également au blocus de la marine austro-hongroise en mer adriatique. Durant l’Entre-deux-Guerres, le Courbet est modernisé à plusieurs reprises, ses armes de bord sont remplacées et améliorées. Opérant au profit de l’école de tir puis à l’école de navigation en 1937, il est sensé terminer sa carrière à l’école de tir en 1939, mais le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en décide autrement. Déployé au large de Cherbourg, il reçoit l’ordre d’appuyer les défenseurs de la ville contre les unités de la 7ème division blindée allemande, sans succès.
Le 20 juin 1940, le Courbet fait route vers l’Angleterre pour rejoindre les forces françaises libres où il est utilisé comme bâtiment antiaérien pour la défense de Portsmouth. A bord du cuirassé se trouvait notamment le canonnier Léon Gautier, l’un des 177 soldats français du commando Kieffer ayant débarqué le 6 juin en Normandie. Désarmé le 31 mars 1941, il traverse la Manche pour la dernière fois en juin 1944, remorqué par les H.M.R.T. Growler et H.M.R.T. Samsonia, pour être coulé le 9 juin à 13h30 devant Sword Beach. Utilisée comme brise-lames au sein d’un des goseberriescourbet (son bloc moteur ayant été remplacé au préalable par du béton), l’épave est surmontée d’un drapeau tricolore frappé de la croix de Lorraine.
Sa tourelle de DCA (défense contre avions) reste active pendant la durée de la bataille de Normandie et ouvre le feu sur les appareils de la Luftwaffe dans ce secteur, gênant les Allemands qui cherchent alors à éliminer définitivement cette menace. Le Courbet est heurtée par des torpilles Neger pendant la nuit du 15 au 16 août ainsi que la nuit suivante.
Les débuts du 1er BFM
Lorsque la guerre éclate, l’école des fusiliers est dissoute. Seules subsistent deux compagnies de faible effectif. Au moment de l’arrivée des Allemands à Lorient, un des instructeurs, Pierre Le Goffic, parvient à s’emparer des décorations du drapeau des fusiliers et embarque avec quelques apprentis pour l’Angleterre. Pour l’amiral Muselier, fondateur des Forces navales françaises libres (FNFL), ancien commandant d’une compagnie de fusiliers sur
le front de l’Yser durant la Grande Guerre, il importe de préserver cet héritage et de maintenir l’existence des fusiliers. Dès le début du mois de juillet 1940, il réunit Robert Détroyat et ses amis Hubert Amyot d’Inville, ÉlieFrance Touchaleaume et Jean des Moutis, pourtant non-fusiliers, pour leur proposer de prendre la tête de la première unité FNFL. C’est ainsi que naît le 1er bataillon de fusiliers marins qui se forme à Aldershot durant l’été.
Jean et Etienne
