
Le sous-marin le Rubis

Georges Cabanier
Né le 21 novembre 1906 à Grenade (Haute-Garonne), Georges Cabanier entre à l’école Navale en 1927. En 1930, après une année à l'école des officiers torpilleurs et électriciens, Georges Cabanier se dirige vers une carrière de sous-marinier. En 1932 il embarque à bord de l'Achéron puis du Saphir. En 1938 il est nommé au commandement du sous-marin mouilleur de mines Rubis basé à Cherbourg puis à Bizerte au moment de la déclaration de guerre. Rentré à sa base écossaise de Dundee le 30 juin, son ralliement à la France Libre est en grande partie l'œuvre de son commandant, le lieutenant de vaisseau Cabanier qui entraîne avec lui son bâtiment et son équipage quasiment au complet le 10 juillet 1940. Seuls 2 de ses hommes ne rallieront pas la France Libre.
Il exerce les fonctions de commandant de la Défense du Pacifique puis de chef d'Etat-major de l'amiral Thierry d'Argenlieu. Vice amiral d'escadre en novembre 1958, puis amiral le 1er juillet 1960, il est nommé à la même date chef d'Etat-major de la Marine et reste à ce poste jusqu'au 1er janvier 1968. Membre de l'académie de Marine, l'amiral Cabanier exerce les fonctions de Grand Chancelier de la Légion d'Honneur de 1969 jusqu'en février 1975. Georges Cabanier est décédé le 26 octobre 1976 à Paris. Ses cendres ont été dispersées au-dessus de l'épave du Rubis au Cap Camarat.

Henri Rousselot
Fils de magistrat, Henri Rousselot est né le 22 mars 1912 à Gap, dans les Hautes-Alpes. En 1931, il entre à l’Ecole Navale. Il est enseigne de vaisseau de 1ère classe en 1935 et affecté, en novembre de la même année, sur le sous-marin mouilleur de mines Rubis. En mai 1940, Henri Rousselot est officier en second du Rubis mis à la disposition de l'Amirauté britannique par le Gouvernement français. Promu lieutenant de vaisseau en septembre 1940, Henri Rousselot garde son poste d'officier en second du Rubis. Le 27 avril 1941, il se voit confier le commandement du Rubis entré en carénage et effectue ensuite avec lui 20 opérations de guerre. Le 14 octobre 1941, le général de Gaulle lui remet la Croix de la Libération. Après la guerre, Henri Rousselot est nommé capitaine de frégate. De 1945 à 1947, il commande l'Ecole des élèves aspirant de réserve puis, de 1947 à 1950, l'Ecole anti-sous-marine et simultanément le contre-torpilleur Tigre. De 1968 à 1972, il est membre titulaire du Conseil de la Marine et parallèlement, de 1969 à 1972, Préfet maritime de la 2e Région (Brest). En 1972 il quitte le service actif. Henri Rousselot est décédé le 23 août 1994 à Plouzané dans le Finistère. Ses obsèques ont été célébrées à Brest et ses cendres dispersées en mer, près de Toulon, sur l'épave du Rubis.
Le rubis
Lancé en avril 1933, le Rubis est un sous-marin mouilleur de mines de taille modeste. Long de 66 mètres et large de 7 mètres 20, il transporte 32 mines dans 16 puits (8 de chaque côté) et est armé de 4 tubes lance-torpilles (2 à l'avant et 2 à l'arrière) ainsi qu'un canon de 75 mm.
Il est propulsé grâce à un moteur diesel lorsqu'il est en surface et des moteurs électriques lorsqu'il est en plongée. Il doit faire surface régulièrement pour recharger ses batteries, ce qui le rend vulnérable. Il est coulé au large de Toulon le 31 janvier 1958.
Situation en juin 1940
Lors de la signature de l'armistice en juin 1940, Le Rubis est basé à Dundee en Écosse, d'où il a effectué des missions de mouillage de mines aux côtés des Britanniques car ce mouilleur de mines est plus petit que ceux de la Royal Navy. A son retour d'une mission, l'équipage apprend l'armistice et est menacé de se faire désarmer par l'armée Brittanique, dans le cadre de l'opération Catapult. L'équipage choisit donc de voter son ralliement à la France Libre du Général de Gaulle. Le lieutenant de Vaisseau G. CABANIER explique clairement la situation à ses hommes. Malgré l'incident de Mers-el-Khébir, 42 marins sur les 44 de l'équipage décident de se rallier à la France Libre.

L'équipage du Rubis à Dundee en juin 1940
Au service de la France Libre
Cabanier s'entretient longuement avec ses hommes, leur expliquant clairement la situation tout en laissant à chacun le soin de faire son choix. Malgré l'affaire de Mers el-Kebir, l'équipage du Rubis conserve sa volonté de servir la France Libre et refuse la défaite et l'occupation de la France. Dès la mi-juillet, la quasi-totalité de ses membres décide de s'enrôler dans les Forces navales françaises libres (FNFL). Fait marquant, sur les 50 hommes d'équipage, 45 ont signé un engagement dans la France libre et 31 resteront à bord du bâtiment durant toute la guerre. Durant tout le conflit, il mouille près de 700 mines. Il effectue néanmoins six missions d'un autre caractère comme le débarquement d'un agent en Norvège ou la participation à un dispositif d'interception du Tirpitz. En septembre 1940, il effectue une mission de patrouille en Mer du Nord, puis, en octobre, au large des côtes norvégiennes. En décembre, il entre en carénage et est indisponible jusqu'au mois de mai 1941, date à laquelle l'officier en second, le lieutenant de vaisseau Rousselot, remplace le commandant Cabanier.
Le 1er juin, il appareille pour une patrouille de trois semaines dans le Golfe de Gascogne et reprend la mer, après de nouvelles réparations, au début du mois d'août 1941. Le submersible reçoit ensuite pour mission de miner les chenaux d'accès à Egersund (Norvège). Une fois sa tâche accomplie, il coule à la torpille un cargo de 4 000 tonneaux. Mais, lui-même endommagé par l'explosion, son retour à Dundee, le 25 août, doit se faire en surface sous la menace allemande et avec la protection de la Royal Air Force (RAF).
Le 14 octobre 1941, le général de Gaulle lui décerne la Croix de la Libération avec la citation suivante
Remis en état, le Rubis part pour une nouvelle mission de mouillage de mines dans le Golfe de Gascogne. D'avril à fin septembre 1942, il effectue cinq missions de mouillages de mines mais il doit rentrer à sa base pour réparation et reste indisponible jusqu'en mai 1943. Ensuite, les missions se succèdent : mouillage de mines au large de Biscarosse, près de l'Ile de Sein, au nord de Bayonne et d'Arcachon.
D'octobre 1943 à février 1944, le sous-marin doit subir de nouvelles réparations avant de reprendre une longue période d'entraînement. En septembre 1944, le submersible reprend ses opérations de guerre le long des côtes de Norvège. Il doit miner une zone précise non loin de Stavanger. Les mines sont placées avec précision : deux cargos ainsi que deux chasseurs de sous-marins allemands sauteront sur ces dernières, immobilisant tout trafic dans ce secteur. Le 29 décembre, il entre en carénage jusqu'en juin 1945.
Pendant le conflit, le sous-marin Rubis a effectué 28 missions et a mouillé 683 mines. Par son action, 18 bâtiments de commerce et de guerre auront été coulés (et 2 endommagés), sans compter la gêne causée à l'ennemi obligé de mener des opérations de dragage. Il a compté parmi son équipage 8 compagnons de la Libération. Terminant sa carrière en 1948, le sous-marin a obtenu de ne pas aller à la casse et de voir son épave immergée au large du Cap Camarat, entre Saint-Tropez et Cavalaire en 1958.
Aujourd'hui, la relève est assurée par le Sous-marin Nucléaire d'Attaque (SNA) Rubis dont l'équipage porte la fourragère verte de l'Ordre de la Libération.
Jean et Etienne
